Mes tout petits films

Mes tout petits films

Qui qu’a pas fait sa gymnastique?
Qui qu’a pris la pipe à pépé

Le film d’animation est un choix professionnel que je fais en 1978, après avoir décidé d’abandonner le journalisme et la politique. A partir de ce moment-là, jusqu’à encore aujourd’hui malgré la retraite, je vais d’abord tâcher d’apprendre le métier, mais l’art, pour ensuite me lancer avec plus ou moins de réussite dans la réalisation de films en graphisme animé en tant que réalisateur, parfois auteur, parfois assistant réalisateur, parfois animateur et graphiste.
Toujours, c’est avec l’envie de garder l’enthousiasme et l’estime pour ce que je suis en train de réaliser et pour les gens avec qui je travaille (même moi tout seul !), j’ai voulu avancer dans ce domaine assez magique où il faut parfois des mois pour créer quelques petites minutes de film. Je n’ai jamais pu, ni su , entrer dans des gros projets industriels, où la contrainte financière, mais également formelle, au niveau scénaristique, graphique et technique, est tellement forte que le réalisateur, ou l’animateur, n’est plus qu’un mercenaire au service d’échafaudages de coproductions et de hiérarchies de contrainte écrasant toute liberté et initiative… Je ne suis pas fait et je n’ai jamais été fait pour ce type de bagne artistique…
L’artisanat, ou « l’art en cheminant » sont les seuls chemins qui m’ont convenu. Oiseau libre je l’ai été et le resterai jusqu’à la fin… Avec les limitations techniques et financières que cela a entrainé. Je vais essayer de raconter, film par film, quelques péripéties de mes travaux et réalisations, peut-être édifiantes, instructives, comiques ou tragiques… Film par film. L’internaute curieux et rare qui me suit suivra le fil, au fur et à mesure que je ferai paraitre les récits,  sur la toile, du tissu des histoires, témoignages, réflexions…

« Nuit »(1982 – « Tintin à Montpellier » (1984) – « Portraits » (1987)
  • La première aventure, (sacrée aventure !) va durer presque trois ans, de 1979 à 1982. Les vicissitudes de la réalisation feraient un roman tout à fait kafkaïen. D’ailleurs pour chacun de mes films ou presque, ce fut une suite d’aventures, plus ou moins douloureuses ou finalement réjouissante. Celui-là, « Nuit » fut un film inachevé. J’avais préjugé de mon savoir faire, des moyens que je pouvais engager et de ma chance. Il devait au départ s’appeler « Douce vie ». Il a fini donc en « Nuit ». Et pour l’instant je n’ai qu’un extrait en vidéo de mauvaise qualité… et une bobine 35 mm qui traine dans un placard. A quand une prochaine projection et un transfert en vidéo digitale 4 k… ou plus encore !?
  • La deuxième aventure fut bien à l’époque plus heureuse. Avec des moyens légers, des outils faciles, une grande simplicité de style, tout en étant payé,  et avec très peu de contraintes, j’ai pu me laisser aller à mon inspiration qui débordait. Ce fut « Tintin à Montpellier », sorti en février 1984, commencé l’été précédent « par hasard ». Par contre, tourné en vidéo Umatic, la numérisation que j’ai pu en faire à partir d’une copie VHS, a une qualité d’image désormais très décevante… On peut en effet voir le film, bien dégradé, mais intégralement. Il faudrait le redessiner image par image, à haute résolution numérique. C’est techniquement tout à fait possible… J’aurai le temps ? Pour ce film, j’ai récupéré d’une cassette vidéo qui se trouvait dans le salle de montage du V.A.L. , les sons des cigales et de travaux sur une énorme cuve à vin, que j’ai ralentis, amplifiés, triturés, et j’ai ajouter des musiques de Brian Eno.
  • La troisième et double aventure fut toute aussi heureuse que la précédente, tout aussi créative. « Portraits ». Il y a deux petits films. Accompagnés de la musique de Christophe Héral. Et les sons de Daniel Deshay … J’ai travaillé de manière non traditionnelle mais avec une technique cinématographique – 35 mm et banc titre – classique. Finies – provisoirement –  les « nouvelles images ». Je me suis laissé aller, comme je me laissais aller quand je dessinais pour le centre G Pompidou ou quand je faisais moi-même le tirage de mes photos argentiques noir et blanc… Et les deux petits films, contrairement à « Nuit », furent bien diffusés, à Canal +,  dans les festivals et les salles d’arts et essai. Par contre la copie vidéo est très mauvaise. Encore un transfert du 35 mm à la vidéo numérique à faire… Car j’ai une copie 35 mm.

« Stylo » (1988) – « Réveil » (1990) – « Le Pélican » (1991) – « Ariane et le Minotaure » (1991)
  • « Stylo » : le feu d’artifice, la conquête du monde, la fierté, le succès. Je retrouve encore aujourd’hui des articles de presse, des livres, des thèses universitaires qui citent ce film. G.Pansu, le producteur, ne savait pas quand l’avalanche des félicitations, des prix, des citations et louanges allait s’arrêter. Personnellement j’étais heureux de cette réussite, en tandem avec l’excellent Daniel Borenstein et son fichu caractère. Une fois le film terminé, et avant même que l’énorme ébullition soit retombée, je fus heureux de me réfugier, dans mes nouvelles terres, à Montpellier. Rester à rêver en regardant le soleil à travers les rameaux des oliviers… et imaginer d’autres films « Stylo » fut une sacrée aventure, ou les enjeux techniques et économiques furent redoutables et où nous avons pulvérisé les fortifications et les résistances à ce projet et à son innovation… comme des pirates.
  • « Réveil » : je trouve ce film plus réussi que le précédent. Même s’il fut bien moins primé que Stylo (mais primé quand même !). Il permit à Excalibur et à Alain Leroy son directeur de conforter leurs ambitions de « truqueurs » cinématographiques et numériques sur plateau, sur le marché du cinéma français… Ce fut du très beau travail. J’ai un faible pour ce petit film. Il faut noter que comme pour le précédent, j’ai pu avoir, grâce à l’ami Hubert Fourneaux, une belle copie 4 k numérique de ce film. Qu’il en soit vivement remercié !
  • Le pélican d’après un poème de Robert Desnos du recueil « Chantefable, Chantefleur ». on devait faire 3 ou 4 poèmes en dessin animé. Le producteur avait mangé l’argent à faire autre chose. Il y a même une « fôte » d’orthographe dans le générique. C’est un pilote… Avec l’excellent graphisme de Jean-Noël Cuenot. Dommage d’en être resté là. Comme pour les « Portraits »… Le film est joli et a son petit succès sur la toile…
  • Ariane et le Minotaure, très courte séquence animée ou avec de nouveau la complicité de Daniel Borenstein j’anime un Minotaure tout en traits de peintures en trois dimension, qui danse avec une magnifique danseuse nue… Un film d’Alain Jaffrenou pour un spectacle à la grande halle de la Villette avec Canal+. Réalisation chez Ex Machina.
  • « Colipito Ripatalo ». Cette petite série d’animation télévisuelle de 13 épisodes pour les enfants, était adaptée de deux séries de livres : « les aventures d’Aglaé la petite abeille », De Myriam Deru et Paule Allen, éditées chez Gallimard jeunesse, et « les aventures de Manuel et Didi », d’Erwin Mauser, édition Beltz und Verlag. Une production Média 6, Echo et France 3. Une réussite, avec un maximum de galères, une très belle diffusion internationale dans 58 pays, mais des masters vidéo détruits dans des contions tragiques et des copies impossibles
  • Yannick Noah et les M&Ms, la réalisation de l’animation 3D s’est faite chez Télétota. De manière plutôt détendue et agréable.
  • Un « Gnoz » avec l’équipe de Pygmées production à Montpellier, en coréalisation avec Raphaël Martinez, film dont je n’ai pas la copie
  • Puis vient une période où je réalise des interactifs, des illustrations, des jeux vidéos, travaux de commande pour la plupart… ainsi qu’une expérience malheureuse et à mon goût ratée : « Flamenco », avec Eddie Pons la réalisation d’un pilote qui se voulait promouvoir une série, j’en suis resté là et on a quand même eu un prix du film chrétien à Montpellier…

« Loup Garou » (2017)
  • « Loup Garou », coréalisation – bien difficile – avec Elise Cabanes, plasticienne et chanteuse : un clip en vidéo numérique 4k sur le thème de l’enfance maltraitée.
  • Et enfin, le dernier tout petit film réalisé (pour l’instant) est le fruit d’une aventure heureuse entre deux confinements « sanitaires » de mai 2020 à février 2021 : « Flip Flap à Palavas »,  un film musical d’animation incrustée dans de la prise de vue vidéo. Le tournage s’est fait avec des moyens très légers. Le montage final autour de  la chanson « Flip Flap à Palavas » avec la chanteuse Sonia Bessa et deux de ses musiciens à l’image, Noël Letertre et Pierre Pagès, s’appuyait sur le son de l’enregistrement en studio. J’ai renoué avec un succès certes bien plus limité que les films des années 80 – 90, mais, au vu de l’absence complète de tout producteur et de tout diffuseur, l’accueil a toujours été enthousiaste et au beau fixe. Un film qui raconte bonheur et légèreté, me dit on régulièrement…
  • Le prochain petit film (toujours petit) : un clip en animation à partir d’une autre chanson interprétée par Sonia Bessa et composée par Noël Letertre : « Roule dans la vague ». Toujours avec le bonheur de faire, je l’espère bien….

« Flip Flap à Palavas » (2021)