Baptêmes

Les sources des petits traits

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Des bords du Nil au "Plat pays" minier et industriel, à Douai, dans le Nord... du début... à la fin de l'enfance...

Cela a commencé plusieurs fois. Bien sûr il y a eu très tôt la lumière et l’ombre terrible des ruelles du Caire, impression du tout début, et peut-être les pyramides de l’autre côté du Nil, Héliopolis. Le tout début c’est un grand bateau. Peut-être celui qui allait à Alexandrie. Une première fondation, emportée par la tourmente des stupides nations. Au Grand-Peugny, en Seine-et-Marne ma mère s’essaye à la peinture à l’huile, il y avait tous ces verts, les bosquets, les bois, les feuillages de tous ces grands arbres,  les champs au printemps. Moi en vilain petit vampire je voulais faire pareil que maman, singulièrement avec cette étonnante odeur de la peinture à l’huile, les vieux tubes pliés,  épuisés et secrets, mais on tint à me mettre à la gouache, c’est moins salissant que l’huile, moins cher, et cela sèche plus vite.

Il manquait quelque chose… Il manque toujours quelqu’un, quelque chose…. De temps à autre venait et restait la Tante Thérèse, Terry Haas, elle était arrivée de Tchécoslovaquie juste avant la guerre. Elle m’initia à la gravure sur bois, dans le garage atelier de bricolage et son piano éventré, la musique et les arts plastiques se sont très tôt mis en ménage, sous mes yeux décidés. Il y avait aussi les livres de ma grand-mère Yvonne, je cite de mémoire  Quatre vingt-treize, L’année Terrible, le grand Victor Hugo me tétanisait, Jules Verne me fascinait, son Voyage au centre de la terre, son Tour du monde en quatre-vingts jours et plus que les autre, Vingt Mille Lieues sous les mers, le prodigieux capitaine Nemo, Daniel Defoe avec Robinson Crusoé et bien-entendu d’autres livres encore. C’étaient des belles éditions du 19e siècle, toutes illustrées d’exceptionnelles gravures.

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De gauche à droite Alphonse de Neuville et Édouard Riou dans "Ving-mille lieues sous les mers", Jean-Jacques Grandville et Gustave Doré (Barbe Bleue)

Enfant, je m’assoyais par terre, sur le carrelage de la petite chambre de la maison de campagne, ou sur le vieux plancher dans la chambre à pat à l’étage, et je restais des heures certes à lire mais surtout à scruter avec avidité les illustrations, des gravures ! Je ne me soucie qu’aujourd’hui du patronyme des illustrateurs : certainement je plongeais dans les images d’Alphonse de Neuville et d’Édouard Riou, Jean-Jacques Grandville, Gustave Doré, je me souviens de leurs images. Il y avait peut-être aussi Léon Benet , Émile Bayard, Diogène Maillart, Fortuné Méaulle, Léopold Flameng, Jean Paul Laurens, Gustave Brion, je trouve leur noms aujourd’hui.

Les hachures, les trames, les petits traits, les jeux de lumière et d’ombre, l’expression dramatique, la surprise des lignes, tout cela est entré en moi, comme un enchantement magique dont j’ai instinctivement refusé de connaître la recette et le mode d’emploi, préférant paresseusement en garder la fascination, l’émotion, plutôt que de trop y travailler…

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"Une semaine de bonté" de Max Ernst, une découverte au tournant des années 60

Plus tard apparait le livre d’André Breton, Le surréalisme et la peinture, surtout j’y retrouve mon amour des gravures dans les collages d’Une Semaine de bonté de Max Ernst. Finie l’enfance, j’ai 14 - 15 ans, je vis à Douai, à ma fenêtre se dessinent sur le ciel toujours gris les chevalements des mines, la cokerie, les fumées de la carbochimie, les rails de la gare de triage, un peu plus loin les grilles de l’usine Arbel, les terrils, montagnes noires d’un plat pays où le canal de la Scarpe se pend certains jours dans ce brouillard si épais qu’on y coupe même des couteaux. Voilà que je m’intéresse à l’art cinétique à Arras, … et au musée des Beaux Arts de Douai je reste longtemps devant un gracieux tableau de Bruegel

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Quelques oeuvres de la "Tante Thérèse", Terry Haass

De retour à Paris, revoilà la tante Thérèse, elle grave, mais aussi sculpte le plexiglass, je l’aide à réaliser ses jeux de lumières. Un jour, je suis majeur, j’ai le permis de conduire, je découvre Roland Topor, je l’adore, ces traits hachurés, ou ses lignes, débarquent ensuite La ballade de la mer salée, Ici Même, La jonque fantôme vue de l'orchestre, Hugo Pratt, Jacques Tardi et Jean-Claude Forest, avec ces trois derniers parrains je suis complètement baptisé, je vais encore retrouver Roland Topor en compagnie du bon René Laloux dans La Planète Sauvage, ce coup-ci j’attrape le virus, irrémédiable, du film d’animation.

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Roland Topor

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La boucle n’est pas bouclée, les petits dessins, les petits traits et ce qui vibre à 24 ou 25 images par seconde, on se quitte plus et cela recommence sans cesse…

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Le film de Roland Topor et René Laloux, "la planète sauvage" qui m'a mis en 1975 - sur le moment sans que je m'en doute - sur les rail du film d'animation

 

 

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